Brèves

Exposition Jean Dalemans... entre le côté proche et le côté loin...

Du 30 avril au 29 mai 2016, Jean Dalemans expose ses peintures de paysages, des Duos : des créations co-signées avec des artistes d'ici et d'ailleurs ainsi que sa série de peintures du Grand alphabet, inspirée de rencontres avec des personnes venant des cinq continents. Ses sculptures de paysages ou du cosmos sont taillées dans des petits granites et des marbres. Ses photographies de la série «peinture dans le vent» sont prises à Kinshasa et dans les Pyrénées. Cette exposition raconte une histoire initiatique : celle de l'homme pris entre son monde intérieur et celui qui l'entoure. Au croisement d'univers terrestre et cosmique, mais aussi d’inspiration historique et anthropologique, son travail aborde la question de l'existence et de la rencontre avec l'autre.
Ces derniers mois, Jean Dalemans a souvent traversé le Brabant Wallon d'Est en Ouest de Louvain-la-Neuve à Ittre pour préparer son exposition à l’Espace Bauthier. J’en ai profité pour en apprendre plus sur son travail en lui posant quelques questions.


Aude Jacomet Jean Dalemans, vous avez étudié la peinture, travaillé pour le théâtre et découvert plus tard la sculpture, est-ce bien ça ?
Jean Dalemans À la fin de mes humanités, je voulais consacrer ma vie à la peinture. Adolescent, j’avais découvert la peinture par le travail de ma grand-mère, peintre dans les années 20, et sa boîte de couleurs trouvée au grenier. Je me suis inscrit aux Beaux-Arts. Pendant mes études, je «jobais» au théâtre Jean Vilar de Louvain-la-Neuve, j’ai fini comme accessoiriste-décorateur. C’était un monde extraordinaire. Ma place était gardée au chaud jusqu’à la fin de mon service militaire. Pendant un an de service, j’ai peint une fresque pour une chapelle et à la sortie, j’ai choisi de continuer à me consacrer à la peinture.

A. J. En restant à Louvain-la-Neuve ? Qu'aimez-vous dans cette ville ?
J. D. Oui, j’ai frappé à la porte de l’université et j’ai obtenu un atelier au rez-de-chaussée d’une place publique. A l’époque, la ville était en construction, c’était un chantier permanent, un immense atelier. La dynamique de création était forte. Tout était possible dans cette ville nouvelle, piétonne, écologique, porteuse d’avenir. Beaucoup de nationalités se côtoyaient.
Aujourd’hui la diversité et l’utopisme sont un peu dilués dans une ville qui a beaucoup grandi. En tant qu’artiste, je pense que je peux avoir un rôle sociétal en invitant d’autres artistes dans mon atelier pour les faire découvrir à la population. C’est dans cet esprit que nous avons fondé la Biennale d’art contemporain de la ville en 1995. En ce moment, j’aimerais pouvoir inviter les artistes de Kinshasa avec qui je travaille depuis deux ans. Actuellement, un nouveau pari s’offre à moi à Louvain-la-Neuve avec la mission que l’on m’a confiée de concevoir le premier Espace de la ville consacré exclusivement à l’Art contemporain et qui ouvrira ses portes dans deux ans dans le centre urbain.

A. J. Revenons à la sculpture…
J. D. Un jour en rentrant de mon atelier, j’ai vu dans la rue un bloc de béton, semblable à la peinture que je venais de réaliser. Cela m’a plu, sauf le béton. J’ai donc commencé à aller chercher des pierres dans des carrières.

A. J. Et vous vous êtes également mis à la photographie
J. D. Oui, lors d’une marche en montagne. J’avais plié une de mes peintures dans mon sac à dos. En attendant mon épouse, je l’ai sortie et l’ai fait flotter dans le vent. C’était parlant, j’ai pris une photo et puis d’autres… J’ai renouvelé l’expérience quelques mois plus tard à Kinshasa.

A. J. Dans votre art et vos projets, on sent l’importance du travail avec les autres, notamment par les Duos, ces œuvres co-signées avec d’autres. Expliquez-nous cet aspect.
J. D. Pour moi l’important est de trouver du sens, je ne voulais pas m’inscrire dans un courant esthétique. Cette quête de sens m’amène naturellement vers l’autre. C’est à travers la rencontre avec l’autre qu’une vie prend du sens. Je parle de la question de l’existence au sein du monde, de la société. Et je dialogue ainsi avec les gens, cela fait exister ou donner du sens au sociétal. Quand on me demande ce qu’est, pour moi, l’art contemporain, je réponds toujours qu’il fait du bien ! Soit parce qu’il est beau et/ou parce qu’il questionne la société, le monde. Il fait donc du bien à l’avenir aussi car il crée une dynamique, une remise en question.

A. J. Et concernant les Duos, plus spécifiquement ?
J. D. Cela a commencé dans cet atelier du rez-de-chaussée. Tous les jours, des gens passaient et s’arrêtaient pour voir mon travail. Un jour, je finissais une peinture et j’ai tendu le pinceau à la personne. C’était intéressant, son intervention a secoué l’espace existant de la peinture, cela a transformé mon rapport à la création. Et j’ai eu envie de le faire en partant d’une page blanche. Or les visiteurs de l’atelier étaient majoritairement d’origine étrangère. Ces gens de cultures différentes, les formes et les esthétiques qu’ils apportaient, ont ajouté à l’intérêt de la démarche. Pour moi c’était naturel de continuer. Et le 22 mai, les Duos se feront avec des artistes ou citoyens d’Ittre !

A.J. Vous faites souvent référence au cosmos dans vos titres, les thématiques et l’esthétique avec ces cercles sur les sculptures et les peintures. Parlez-nous de cet aspect et de son importance.
J. D. Cela me vient de l’enfance et de l’adolescence. J’ai beaucoup voyagé avec mes parents et nous étions dans la nature. J’étais fasciné par les ciels étoilés. J’ai ressenti ce lien très fort de l’Homme avec la nature et le cosmos. Avant, quand nous étions chasseur-cueilleurs, le ciel était encore plus présent dans le quotidien de l’Homme. L’histoire de l’humanité m’intéresse aussi beaucoup.
La forme du cercle est fascinante, elle contient toutes les autres formes. Le cercle te replace dans le «grand tout».

A.J. D'où vous vient ce goût pour la pierre ?
J. D. Enfant, je collectionnais les pierres. Chaque été, je revenais de voyage avec des kilos de cailloux. Le minéral est très puissant, présent au centre de la terre. Tout pousse dessus, on marche dessus, on est dans le fondamental. C’est un autre, mais inerte. Mais en sculpture on rentre en communication avec lui.

A. J. Quelle histoire allez-vous nous raconter dans cette exposition …du côté proche au côté lointain…?
J. D. A travers les peintures, les sculptures et les photos, je veux d’abord parler du lien entre l’Homme et la nature, qui est la première chose qu’on voit en sortant de chez soi. C’est le côté proche.
Ensuite, le côté lointain c’est le cosmos, il est plus mystérieux, inconnu. Et entre les deux, il y a l’Homme. Que fait-il là-dedans ? Il s’organise. La série du Grand alphabet parle de la conscience que l’Homme a de l’autre. Il n’y a pas qu’une seule culture, qu’une seule façon de penser.
Enfin, avec les Duos, je parle de l’expérience de s’ouvrir à l’autre, de se mettre ensemble, de  travailler ensemble.

A. J. Pour terminer, y a-t-il un artiste qui vous inspire ou vous a inspiré et que vous aimeriez faire découvrir à nos lecteurs ?
J. D. J’ai surtout envie d’encourager les Ittrois à aller à la rencontre des artistes d’Ittre ! C’est l’addition du travail de tous les artistes qui me nourrit, c’est donc difficile de répondre à cette question. Mais je renverrais vers les courants Supports Surfaces et Cobra. Parmi d’autres, tous deux ont questionné la liberté, en multipliant les supports pour le premier et en renversant les codes pour le second.


Le dimanche 22 mai, nous vous proposons un après-midi consacré aux Duos. Dès 14h, Jean Dalemans invite les Ittrois, artistes ou non, à réaliser une peinture co-signée avec lui. Un duo littéraire sera réalisé en ouverture de cet après-midi : il peindra en direct, inspiré par un texte de Romain Detroy lisant une de ses œuvres littéraires.
Romain Detroy est Ittrois. Passé par les lignes du Petit Tram durant deux ans, il se consacre maintenant à son micro, derrière lequel il officie chaque week-end sur La Première (RTBF). Romain poursuit parallèlement une écriture presque quotidienne sur Internet. Il se fera un plaisir de nous partager un nouveau récit, livré de vive voix, source d’inspiration pour la peinture de Jean Dalemans.

Exposition ouverte les samedis et dimanches de 14h à 18h, en semaine sur rendez-vous
Espace Bauthier : 36, rue de la Montagne à 1460 Ittre
Parking : Petit contournement du Pré de l’Aite et personnes à mobilité réduite
à l’Espace Bauthier

Centre Culturel d’Ittre 067/64 73 23 - www.ittreculture.be - info@ittreculture.be

Un partenariat du Centre culturel et de l’Echevinat de la Culture de la Commune d’Ittre

Date de dernière mise à jour : 08/10/2015
IttrecultureS : Marka, Steve Houben, Zakouska, Lithos,....
Décidément, la dynamique de l’art de la scène est puissante à Ittre. Le mois de mars nous a proposé son flot de concerts  et d’événements. Soulignons le solde out du Duo Nathalie Muspratt et Anne Creuen au Heptone, une organisation de Musique Class’Ittre. Le spectacle Lithos et la valorisation de la pierre à la Chapelle de Verre à Fauquez, et le concert de Zakouska à l’Etable d’Hôtes.
Edito
Connaissez-vous La Médiocratie du philosophe Alain Deneault ? Dans ce livre, l’auteur critique la médiocrité d’un monde où tout n’est plus fait que pour satisfaire le marché. Il écrit notamment : « Rangez ces ouvrages compliqués, les livres comptables feront l’affaire. Atténuez vos passions, elles font peur. Surtout aucune « bonne idée », la déchiqueteuse en est pleine. Il faut penser mou et le montrer, parler de son ‘moi’ en le réduisant à peu de choses : on doit pouvoir vous caser. Les temps ont changé. Il n’y a eu aucune prise de la Bastille, rien de comparable à l’incendie du Reichstag, et L’Aurore n’a encore tiré aucun coup de feu. Pourtant, l’assaut a bel et bien été lancé et couronné de succès : les médiocres ont pris le pouvoir. »
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