Brèves

Memoria

Après un an de retour au berceau belge, je suis retournée en Amérique, j’ai titubé hors de l’aéroport à l’aube de l’été. La chaleur, l’air humide, l’ivresse de mes quinze heures de voyage épuisantes, mon cœur qui sautillait une fois sur trois et puis trois fois trop vite, c’était surréaliste. Mes sœurs d’accueil qui se jettent dans mes bras, et tout devenait déjà un peu plus réel.

Regard 2.0

C’était complètement dingue. J’avais tellement passé de temps dans la planification et la logistique que je n’avais pas intégré que vraiment, vraiment, j’étais de retour. Tout était familier, mais tout était différent, ou plutôt mon regard l’était, et maintenant il fallait passer mes doigts dans la crevasse entre la réalité et mon image de celle-ci. Certaines choses étaient incroyablement confortables, fidèles à ma mémoire, et je pouvais me glisser là comme si j’allais y rester plus de trois semaines. D’autres me grinçaient sous les dents. Cette ville est si stagnante, si engoncée en elle-même, même l’air est épais ! Ou : cette ville change et me vole mes points de repère, la fabrique à chocolat a fermé, quelle injustice ! Mais la ville est innocente, et la coupable c’est moi, ou plutôt l’image scintillante mais figée que j’en ai cultivé.

De la nature des souvenirs

J’ai idéalisé ma vie en Pennsylvanie, je l’ai pétrie, modelée, pétrifiée à ma guise, je me suis idéalisée moi-même, Eloïse de 2014-2015, un étalon de mesure à vocation éternelle pour comparer excellence et médiocrité à venir. Toute cette année, j’ai tourné mes souvenirs entre mes doigts, les ai réassemblés en un monument de guerre, une citadelle où déposer mon cœur quand il fatigue. Nous le faisons tous : nos souvenirs ne sont pas des faits, ils sont les instruments et les produits de nos besoins actuels. Nous ne nous souvenons pas de la réalité, nous nous souvenons de la dernière fois que nous nous sommes souvenus, et plus nous répétons l’exercice, plus l’image est forte, claquante, la tour est imprenable, mais les eaux sont vaseuses, la vérité se dilue.

Carabistouilles nécessaires

Quel étrange animal que l’Homme, grappillant dans le passé pour construire les châteaux du conditionnel quand le futur est à l’orage, toujours en avant ou en arrière de ses propres pas, le cœur à côté de ses pompes. Les souvenirs sont nos élixirs, depuis toujours nous nous délectons d’histoires au coin de feu, nous bâtissons des nations de mythes, des jardins imaginaires un peu fanés, avidement légués dans les livres de cours, les archives des bibliothèques ou celles des caboches de nos grands-parents. Ce n’est ni bien ni mal, simplement c’est. Notre mémoire est un enfant rigolo qui nous raconte les carabistouilles qu’il nous faut, maintenant je comprends, enfin jusqu’à ce que la nature humaine me surprenne à nouveau par sa charmante complexité. Mais déjà le soleil baisse les paupières, le train va partir, j’attrape l’enfant étourdi par la main, je saute à bord, en route pour le feu de l’automne et la morsure de l’hiver, par la fenêtre je vois l’été qui rétrécit. Maintenant, c’est décidé, mes souvenirs je les loge à l’auberge de mon cœur, bien au chaud, mais la vie, c’est en avant.

Eloïse Goffart

Pour aller plus loin : Cartographie des nuages de David Mitchell, un livre à l’architecture d’une montagne russe, qui joue avec les mots et jongle avec le temps, certainement ce que j’ai lu de plus intriguant cet été.

Date de dernière mise à jour : 08/10/2015
Bonjour les Cafés Truciens !
Nous approchons déjà à la fin des vacances, mais cela veut aussi dire qu’il est bientôt temps pour la reprise des soirées mensuelles du Café Truc à Haut-Ittre, chaque 3ème mercredi !
La Confrérîye Dèl Târte au Crastofé fêtera son 15 ème anniversaire le dimanche 3 septembre
Le Grand Bailly, Monsieur Jean-Michel Maguin Vreux, vous convie dès à présent à la séance académique qui se déroulera dans le centre de Virginal à 14h30. Celle-ci sera naturellement suivie d'une dégustation de tartes ! Des animations diverses sont également prévues à cette occasion.
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